« Nous devons apprendre à vivre ensemble » : Dix ans après la révolution en Tunisie

24 décembre 2020

TUNIS, Tunisie — Ce mois-ci marque le dixième anniversaire de la série d’évènements qui ont déclenché un changement révolutionnaire en Tunisie. Alors que les Tunisiens réfléchissent à ce qui s’est passé depuis lors, les conversations à l’échelle nationale sont axées sur l’avenir du pays. Pour contribuer à ces discussions, les bahá’ís du pays ont récemment organisé une réunion, coïncidant avec la Journée des droits de l’homme des Nations unies, pour explorer de nouvelles conceptions de la citoyenneté.

« Lorsque notre société a rapidement connu des changements spectaculaires en 2011, la population n’avait pas l’expérience pour faire face à la réalité émergente », déclare Mohamed ben Mousa du Bureau des affaires extérieures de la communauté bahá’íe tunisienne. « Le pays a dû apprendre un nouveau niveau de responsabilité et d’engagement. L’unité est essentielle dans ce processus, la solidarité et l’empathie doivent être construites à travers l’ensemble de la population. Bien que des progrès aient été réalisés, ce n’est pas encore une réalité et de nombreuses personnes se sentent bouleversées. »

La réunion a rassemblé des invités de marque, dont la députée Jamila Ksiksi, Omar Fassatoui du haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, ainsi que des universitaires et des représentants des communautés religieuses. En plus des participants qui ont assisté en personne – tout en maintenant les mesures de sécurité mises en place par le gouvernement – des milliers d’autres personnes ont été connectées aux discussions grâce à une diffusion en direct de l’évènement.

La réunion a rassemblé des invités de marque, dont la députée Jamila Ksiski et Omar Fassatoui du Bureau du haut-commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, ainsi que des universitaires et des représentants des communautés religieuses. Diapositives
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La réunion a rassemblé des invités de marque, dont la députée Jamila Ksiski et Omar Fassatoui du Bureau du haut-commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, ainsi que des universitaires et des représentants des communautés religieuses.

Il y a eu un consensus parmi les participants à la réunion sur l’importance de promouvoir la coexistence, si on veut que tous les Tunisiens contribuent à leur avenir collectif.

Jamila Ksiksi, députée, a déclaré lors de la réunion : « Le monde – et pas seulement la Tunisie – connaît une escalade de la discrimination. Le but est d’apprendre à accepter la diversité et à la vivre ensemble. La législation existe, ce qu’il faut, c’est la mettre en œuvre. Pour ce faire, nous avons besoin d’un effort conjoint des institutions de l’État et de la société civile. La constitution tunisienne inclut la diversité. Notre défi serait de l’inscrire dans notre réalité quotidienne. »

M. Ben Moussa a développé cette idée et a expliqué que la lutte contre les préjugés et la discrimination nécessitera un nouvel état d’esprit concernant les notions de citoyenneté. « Bien qu’en tant que Tunisiens, nous soyons tous fiers que divers groupes coexistent, la discrimination fait toujours partie de notre réalité. Si les gens ne sont pas troublés par la discrimination, comment notre société peut-elle parvenir à un plus grand changement ? »

« Nous devons apprendre à vivre vraiment ensemble, à nous voir comme si nous étions une seule personne. La société est comme un seul corps. Si une partie est souffrante ou est dans le besoin, alors toutes les autres parties doivent se réunir pour l’aider. »

« Le pays a dû apprendre un nouveau niveau de responsabilité et d’engagement. L’unité est essentielle dans ce processus, la solidarité et l’empathie doivent être construites à travers l’ensemble de la population. » Mohamed ben Mousa, Bureau bahá’í des affaires extérieures tunisien Diapositives
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« Le pays a dû apprendre un nouveau niveau de responsabilité et d’engagement. L’unité est essentielle dans ce processus, la solidarité et l’empathie doivent être construites à travers l’ensemble de la population. » Mohamed ben Mousa, Bureau bahá’í des affaires extérieures tunisien

M. Fassatoui a évoqué les efforts institutionnels en cours qui visent à promouvoir la coexistence, en particulier chez les enfants dès leur plus jeune âge. « La Tunisie a ratifié toutes les conventions internationales relatives aux droits de l’homme et aux libertés religieuses. Dans ce cadre, le pays s’est engagé à faire en sorte que la diversité religieuse soit enseignée dans les écoles. »

D’autres participants à la réunion ont fait des commentaires approfondis sur l’importance de l’éducation, notamment Daniel Cohen, un éminent rabbin juif. « L’école est le lieu où les enfants apprennent à se connaître et à connaître les autres religions. C’est là qu’ils apprennent pour la première fois à vivre ensemble. »

Les conversations lors de la rencontre ont également abordé les notions de coopération dans les différentes traditions religieuses. S’exprimant sur ce thème, Karim Chniba, un imam représentant la communauté sunnite du pays, a déclaré : « Dans l’islam, il est inacceptable que nous fassions aux autres ce que nous n’aurions pas fait à nous même. Il n’y a aucune raison de discriminer les gens en raison de leur foi ou de leurs croyances. »

En plus des participants qui ont assisté en personne à la réunion – tout en maintenant les mesures de sécurité mises en place par le gouvernement – des milliers d’autres personnes ont été connectées aux discussions grâce à une diffusion en direct de l’évènement. Diapositives
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En plus des participants qui ont assisté en personne à la réunion – tout en maintenant les mesures de sécurité mises en place par le gouvernement – des milliers d’autres personnes ont été connectées aux discussions grâce à une diffusion en direct de l’évènement.

M. Ben Moussa du Bureau bahá’í des affaires extérieures a en outre expliqué que les nouveaux concepts de citoyenneté doivent être basés sur l’inclusion et non sur l’exclusion : « Historiquement, les sociétés ont été construites de manière hiérarchique : croyant et non-croyant, personne libre et esclave, femme et homme. De ce fait, de nombreux segments de la société n’avaient pas la possibilité de contribuer à la vie publique. Dans un tel contexte, une société n’est pas en mesure de réaliser son potentiel.

« La vision actuelle de la citoyenneté, nécessaire à notre époque, accordera une place centrale aux principes spirituels d’égalité et de justice. »